Friedrich/Fritz Spieser, fondateur de l’Erwinbund

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Friedrich /Fritz Spieser (1902-1987)

 

Dans toute l’Europe, on assiste dans les années vingt à un grand foisonnement d’organisations de jeunesse, de toutes confessions chrétiennes ou inter-confessionnelles, parfois a-confessionnelles. Le mouvement scout est le plus ancien et le plus connu. D’autres se constituent dans le sillage de partis politiques. En Alsace, le mouvement de jeunesse fondé par l’abbé Arnold, sous le nom de Jungkreuzfahrer, Jeunes Croisés, est le premier.i

Il s’adresse aux garçons et filles de 10 à 24 ans, particulièrement parmi les catholiques, et cultive chansons et danses populaires à l’occasion de camps en plein air. A partir de 1926, il est doublé par un mouvement inter-confessionnel à large dominante protestante, le Bund Erwin von Steinbach, - en souvenir du célèbre architecte de la cathédrale de Strasbourg – créé par Friedrich/Fritz Spieser.

 

Natif de Waldhambach (1902) d’un père pasteur, le jeune Spieser s’intéresse tôt à la poésie populaire et à la langue régionale : son père avait déjà collaboré au dictionnaire alsacien Wörterbuch der elsaessischen Mundarten et rédigé une méthode pour lire et étudier le Hochdeutsch en partant de l’alémanique alsacienii. Germanophile comme son père, Friedrich fait ses premières études en Allemagne. Admis au Realgymnasium protestant de Stuttgart, il y passe l’Abitur le 4 mars 1926 et y subit l’influence du mouvement de jeunesse Wandervogel local, le Bund der Köngener, né d’un cercle d’études bibliques, un Schillerbibelkreis (BK en abrégé)iii. Dans son ouvrage autobiographique, il racontera dans un style inimitable :

 

« Je fus saisi par la vague pure de ce mouvement de jeunesse alors à son apogée, qui des profondeurs de la vie populaire montait jusqu’à notre temps, de sorte que durant une période, toute mon âme en était submergée. Son contact m’apprit une chose importante : seule une élite était capable de se mouvoir à cette altitude, pouvait garder pur le temple et le feu qui cachait le Saint, qui ainsi valait pour tous »iv.

 

Phraséologie post-romantique attardée qui, aux yeux d’historiens comme Kettenackerv fera passer Spieser pour une figure un peu grotesque et marginale, un Don Quichotte plus qu’un chef reconnu de la Heimatbewegung, en dépit de ses prétentions.

 

Durant l’été 1925, Fritz Spieser participe au rassemblement du Versöhnungsbund, Mouvement international pacifiste de la réconciliation, occasion de nombreuses rencontres avec d’autres groupes de Wandervogelvi. En vue d’en créer un en Alsace, en pleine Zukunftbewegung, il réunit durant l’hiver 1925-1926 les Alsaciens du Mouvement de réconciliation avec d’anciens membres du Wandervogel d’Alsace-Lorraine et leur adjoint des jeunes de la Jugendbewegung. Un projet naît de reconstruire, à l’instar des mouvements de jeunesse allemands, une Jugendburg, un Château de la Jeunesse. Faute de moyens, le projet sera momentanément suspendu mais reviendra à la surface en 1932.

 

Au début de 1926, ils organisent des randonnées dans les Vosges du Nord et entrent en relations avec les Jungkreuzfahrer/Hohenburger de l’abbé Arnold. La réunion constitutive de l’Erwinbund ou Bund Erwin von Steinbach (Elsaessische Jugendwanderer) se déroule le 11 avril 1926 à Aubure près de Ribeauvillé. La marque d’un tailleur de pierre de la cathédrale de Strasbourg est adoptée comme insigne distinctif : emblème rouge sur fond blanc. Selon les statuts :

vii

« le Bund est une ligue interconfessionnelle de la jeunesse d’Alsace qui a pour but l’éducation morale de ses membres et veut, avant tout, renforcer en eux le sentiment du vrai et du pur. Toute action ou immixtion politique est interdite. Par contre, le Bund Erwin von Steinbach s’emploiera à rapprocher les différences confessionnelles, sociales ou nationales. Il désapprouve énergiquement toute intolérance en ces domaines. Par l’organisation d’excursions et de soirées, il entretiendra les traditions ethniques. »

 

Pour expliciter ses buts, le fondateur rédige également un prospectus précisant son idéologie :

 

« Le Bund Erwin von Steinbach est la ligue des jeunes gens qui aiment leur pays, qui éprouvent le besoin de le connaître davantage, lui et son peuple. Au cours d’excursions, ils pourront découvrir les beautés de l’Alsace. Ils chanteront des chants populaires. Ils auront l’occasion d’apprendre à connaître le passé et l’histoire, les principaux héros, l’apogée de l’art et de la vie spirituelle de l’Alsace » […] « Le Bund contribuera aussi à rapprocher, autant que faire se peut, les différences et les oppositions confessionnelles et nationales. Il veut créer une communauté de jeunes gens qui tendent vers tout ce qui est vrai et pur, vers une humanité généreuse. »

 

Et dans son langage mystico-lyrique très personnel, Spieser y expose les avantages des excursions « qui éloignent des atmosphères enfumées et des montagnes de verres des dimanches après-midi passés au bistrot, mais rapprochent de la saine nature ». Il décrit les éléments, les instruments et les phases d’une excursion, les aspects psychologiques de l’excursion en groupe (Zusammenwandern) et leur évolution selon les âges ; il étudie les richesses du Volkslied (chanson populaire), les chorales, les rondes, les mystères imités du Moyen Age ; il prêche la réconciliation entre les classes sociales et les nations, évoque le congrès pacifiste de la jeunesse européenne à Bierville dans le parc de Marc Sangnierviii et achève par une courte péroraison sur la finalité du mouvement qui n’est rien moins qu’ « une rénovation culturelle face au déclin de l’Occident et à sa décadence ».

 

La suite du parcours personnel de Spieser est caractéristique de sa génération d’Alsaciens, parfaitement biculturelleix. Après son Abitur - pour lequel il avait reçu l’équivalence du baccalauréat le 10 janvier 1927 -, il se fait inscrire à la faculté des Lettres de Strasbourg, mais malade, est contraint de se rendre dans les Alpes, à Grenoble, où il obtient sa licence es-lettres. En novembre 1929, il retourne en Allemagne, d’abord à l’université de Göttingen, puis à celle de Marburg. Il y soutient une thèse de doctorat : Das Leben des Volksliedes im Rahmen eines Lothringerdorfes : Hambach Kreis Saargemündx. A Göttingen, il rencontre sa femme, comtesse de vieille noblesse prussienne, Burggräfïn Amalia-Agnes von und zu Dohna-Schlobitten, avec qui il se marie civilement à Strasbourg le 24 août 1931, religieusement quelques jours plus tard au château de Schlobitten, en Prusse-Orientale. Puis le couple vient se fixer dans une villa entre Ottrott et Saint-Nabor, au pied du Mont-Sainte-Odile.

 

Par l’intermédiaire du pasteur Klein, beau-frère de Spieser, le Bund Erwin von Steinbach avait acheté en 1926 à Obermühltal dans la forêt de Hanau une vieille demeure paysanne pour en faire un Landheim. Restauré et équipé de lits, ce Foyer servait au cours des vacances d’été à des sessions de formation des adhérents. Des groupes de 15 à 20 jeunes venaient y séjourner deux à trois semaines, voire davantage, pour étudier le chant et les danses populaires. D’emblée, le Landheim est soumis à la surveillance de la Police Spéciale d’Alsace et de Lorraine. Un de ses agents particulièrement futé (?) relève dans un rapport de 1929 que la lettre « o » de Wasenbourg avait été grattée sur un panneau. « Il est à présumer », écrit le commissaire de police de Haguenau - digne d’une BD de Hergé - « que le ou les auteurs ne peuvent être que les étudiants membres de l’Erwinbund, dont la lettre « o » du mot Wasenbourg choque les sentiments allemands ». De son côté, le commissaire spécial de Strasbourg fait espionner l’intérieur du Landheim et surveiller la correspondance d’Obermühltal pour y découvrir les sentiments des jeunes. Le 22 août 1932, il envoie son rapport au préfet du Bas-Rhin. Ce document « tintinesque » mérite d’être cité :

 

« Si la conduite de ces jeunes gens et jeunes filles, qui sont presque tous des enfants de pasteurs protestants, de pharmaciens ou de médecins, n’a pas jusqu’à présent retenu particulièrement l’attention au point de vue tenue, politesse, etc., il n’en est pas de même quant aux sentiments qui paraissent les animer. En effet, ils conversent uniquement en Hochdeutsch et ne chantent que des chansons allemandes. Dans la maison même règne la discipline allemande. Dans la cuisine, sur le tableau des corvées, toutes les inscriptions sont rédigées en allemand. On peut relever sur ce tableau des prénoms de jeunes filles tels Elfriede, Hertha. Certaines adresses des correspondances que reçoivent les intéressées sont rédigées en allemand pur, telle que la suivante : Fräulein Brumbder, Landhaus Obermühltal, Baerenthal. M. le commissaire spécial de Bitche qui m’a fourni les éléments de ces renseignements, conclut ainsi : En résumé, pour toute personne se rendant dans ce hameau d’Obermühltal et qui est témoin de la façon dont est dirigée cette colonie de vacances et de l’esprit qui semble y régner, il peut subsister des doutes à savoir si l’on se trouve réellement sur le territoire français ». Le 27 octobre 1928, le commissaire de la police spéciale de Haguenau avait d’ailleurs déjà alerté la Préfecture: « Je signale à toutes fins utiles que l’Elsaessische Jugendwanderer, Bund Erwin von Steinbach (genre boy-scouts) a donné ces jours-ci une soirée de famille dans la salle de la douane à Haguenau. Le programme comportait des chansons populaires allemandes, des danses et rondes anciennes en costume souabe (allemand). La présence d’un grand nombre d’autonomistes, le programme développé et l’article paru dans un journal local à ce sujet, permettent d’affirmer que les tendances de cette association ne sont pas faites pour favoriser le développement de l’idée française en Alsace… J’ajoute que le programme a été signé par un nommé Fritz Spieser et imprimé à la firme Ch. Hauss, rue de l’Ail, à Strasbourg. »xi

 

De leur côté, les Elsass-Lothringen/Heimatstimmen publiées outre-Rhin par le Dr Robert Ernst - son soutien financier - avaient décrit ainsi les activités de l’Erwinbund xii:

 

« La jeunesse alsacienne s’occupe depuis quelque temps de son avenir culturel. Les membres d’une ligue de Strasbourg se déplacent dans le pays pour donner des représentations populaires. On n’est pas accoutumé à ces manifestations de la jeunesse, bien connues ailleurs. Toutefois celles du Bund Erwin von Steinbach ont trouvé un certain écho. Le groupe chante et danse. Il réunit les mélodies populaires aux danses populaires, le chant au mouvement. Le Bund Erwin veut servir le pays et contribuer au relèvement culturel de la jeunesse. »xiii

 

 

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Défilé « à l’allemande » de l’Erwinsbund

Photo plus tardive prise à la Hünenburg le 11 juillet 1937

 

En septembre 1931, le Bund Erwin von Steinbach publie le premier numéro de son bulletin de liaison Der Wanderfalkexiv. La parution est prévue à rythme bimensuel, soit six fois l’an. Le second numéro, de 30 pages tirées à 1 500 exemplaires en janvier 1932, sert de numéro publicitaire. La gérance en est confiée à Fritz Ihme, natif de Fénétrange en Lorraine thioisexv et autre fils de pasteur. Après ses études au collège de Bouxwiller et un passage à Montpellier pour cause de santé, Ihme avait entamé des études de théologie comme boursier et interne du Thomasstiftxvi au printemps de 1931. Mais dès le numéro 2 du Wanderfalke, la presse anti-autonomiste monte au créneau. Devant son tapage, le recteur de l’académie de Strasbourg ordonne au doyen de la faculté de théologie protestante, d’inciter Ihme à stopper la publicationxvii. L’intéressé n’en fait rien. En juin 1932, la sanction tombe : il perd sa bourse et est exclu du collège. Le directeur, le pasteur Christian Brandt justifie ainsi l’expulsion : « D’après le jugement porté par la presse sur Der Wanderfalke, il s’agit d’une feuille politique. De ce fait, les journaux ont parlé défavorablement du protestantisme. Il y a assez d’affaires politiques au Thomasstift. » Puis, Ernwein, directeur du Consistoire Supérieur de la confession d’Augsbourg, couvrira Brandt dans ces termes : « L’étudiant en question n’a pas suivi les conseils des professeurs qui lui ont demandé de cesser ses fonctions de rédacteur de la revue ». Nonobstant la position défavorable de ces autorités religieuses, Der Wanderfalke n’en continuera pas moins à paraître régulièrement sous la responsabilité d’Ihme. En 1937, cette feuille sera remplacée par les Straßburger Monatshefte.

 

L’initiative de cette nouvelle revue à dominante littéraire et artistique, publiée en langue allemande vient d’une équipe composée du psychiatre Rodolphe Schneider, à l’origine de l’idée, du peintre Lucien Bienaepfel, de l’écrivain René Schickeléxviii et de Robert Heitz, dessinateur, caricaturiste et critique d’art parallèlement à ses activités à la direction des Assurances sociales. Dans ses « Souvenirs xix», ce dernier racontera les circonstances de l’arrivée de Fritz Spieser dans ce cercle à qui il proposera son mécénat.

 

« Il avait été convenu devant témoins que la nouvelle revue s’abstiendrait rigoureusement de toute intervention politique, religieuse, sociale. […] La présence dans notre comité de rédaction de René Schickelé, le plus important écrivain que l’Alsace eût produit depuis fort longtemps, dont les convictions libérales et hostiles à tout chauvinisme étaient notoires et qui avait déjà émigré de l’Allemagne hitlérienne, devait constituer une garantie supplémentaire. »

 

Or, dès le premier numéro, contrairement aux engagements pris formellement, Spieser fera paraître sous un pseudonyme un article de 20 pages consacré au Komplottprozess de Colmar. Avec pour effet immédiat la démission de Heitz puis le retrait du parrainage de Schickelé. Au fil des numéros, les Straßburger Monatshefte ne feront qu’accentuer leur discours violemment francophobe avant de devenir officiellement en 1940, « ce qu’ils avaient toujours été sous un léger camouflage : un organe de propagande de l’Allemagne national-socialiste xx»

 

L’intervention des Fondations Töpfer

 

Alfred Carl Töpfer arrive sur la scène alsacienne en 1932. Installé à Hambourg, il se trouve à la tête d’une très importante entreprise du commerce mondial de produits agricoles, notamment de céréales et aussi d’une grande fortune qui lui permet – le 5 décembre 1931 - de créer la plus grande fondation privée allemande, la Stiftung FVS, destinée à subventionner des projets culturels grâce aux bénéfices de l’entreprise de négoce. Le but premier de cet ancien Wandervogel - il avait découvert l’Alsace en 1914 avec ce mouvement - sera de cultiver l’Auslandsdeutschtum, la germanité à l’étranger, à travers notamment « la promotion d’un mouvement de jeunesse proche de la nature ». Töpfer voue aussi une grande admiration à Goethe. Parallèlement à la Fondation FVS, il en crée une seconde, la Johann Wolfgang von Goethe-Stiftung. A l’approche de la célébration du centenaire de la mort de ce grand poète décédé à Weimar le 22 mars 1832, le mécène entreprend un projet de construction d’une Auberge de jeunessexxi à Sessenheim où Goethe était tombé amoureux de Frederike Brion la fille du pasteur et où débuta sa carrière de grand auteur lyrique européen. Il fait parvenir à Robert Ernst le projet d’une charte de fondation d’« une auberge de la jeunesse pour le soutien du patrimoine  Volkstum d’Alsace et de Lorraine ». Le chef de l’Association des Alsaciens-Lorrains d’Allemagne lui recommande de le réaliser par l’entremise de Fritz Spieser, « dans l’intérêt de la cause ». Lors d’une entrevue avec le donateur, l’Alsacien insiste sur l’impérieuse nécessité de moyens propres au financement d’un autre projet, l’acquisition de la Hünenburg, un château en ruine proche de Saverne qu’il convoitait depuis longtemps. Il dit à son interlocuteur que pour la défense du Volkstum, il importait de devancer une acquisition projetée par certains milieux français, voire par l’Etat français lui-même.xxii Töpfer mettra 100.000 francs dans l’opération. Il entend que cet argent serve à l’édification d’une auberge de jeunesse franco-allemande à laquelle les deux organisations nationales intéressées apporteront leur adhésion. Ainsi, les deux présidents, français et allemand, assisteront à la cérémonie de la première pierre.xxiiiA côté des fonds apportés par Töpfer pour l’acquisition du domaine, d’autres fonds en provenance du Reich viendront financer les travaux. Pour justifier ses prétentions ultérieures quant à la propriété, Spieser prétendra que cet argent provenait de la dot de son épouse. Mais l’historien Rothenberger a établi qu’en raison de la législation allemande sur les mouvements de capitaux, le transfert n’avait pas été possible et que c’est par conséquent le VDA, Verein für das Deutschtum im Ausland, sollicité par Robert Ernst qui avait exclusivement versé les fonds en complément de l’apport de Töpfer.xxiv L’enquête de Bankwitzxxv l’a confirmé et aussi établi le rôle d’intermédiaire joué dans cette nouvelle affaire par le Suisse Eugen Wildi de Zofingen, fondé de pouvoir de la Fondation Toepfer mais également vieille relation de Robert Ernst depuis ses interventions dans le financement de la Zukunft et du Heimatbund.xxvi

 

Friedrich Spieser, châtelain de la Hünenburg

 

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Vue générale du Château de la Hunebourg (en all. Hünenburg)

Au fond, le donjon, transformé en Friedensturm.

 

Ainsi, Fritz Spieser fait élever une grande bâtisse seigneuriale dans laquelle il établit sa demeure. La construction doit aussi servir de Centre Culturel Alsacien, lieu de discussions et de rencontres, et haut-lieu artistique et musical, en fait un « sanctuaire de l’idéologie  volksdeutsch en Alsace xxvii ». Les travaux se prolongeront de 1932 à 1944, date à laquelle ils furent interrompus.xxviii De 1932 à 1937, à la place du donjon, le Dr Spieser fera édifier un Friedensturm (Tour de la paix), dédié aux Alsaciens-Lorrains morts durant la guerre de 1914-1918 et renfermant un sarcophage rempli de la terre prélevée sur tous les champs de bataille où avaient combattu les Feldgrauen du Reichsland. C’est en ce lieu que, du 10 au 11 juillet 1937, se rassembleront nuitamment et secrètement 700 adhérents de la Jungmannschaftxxix pour une cérémonie en la mémoire de ces victimes de guerre, auxquels sera juré fidélité et solidarité.xxx Une occasion pour Hermann Bickler, le grand-maître de la commémoration, qui inaugure une plaque à la mémoire du « soldat le plus inconnu des soldats », d’affirmer son leadership sur le mouvement.xxxi

 

Après l’annexion de facto de l’Alsace à l’Allemagne, Bickler et ses acolytes de le Jungmannschaft peuvent tomber le masque et apporter ouvertement leur concours actif au national-socialisme. Parmi eux, Fritz Spieser va cependant constituer un cas un peu à part. En 1939, fuyant sa Heimet pour la Prusse-Orientale afin de se mettre à l’abri des poursuites dans le château de ses beaux-parents, en compagnie de la comtesse son épouse, il avait certes su éviter les différentes prisons de la IIIe République visitées de Nancy à Privas par ses camarades pendant dix mois. Mais pour l’occupant nazi, cela manquera à son curriculum-vitae. N’étant pas inscrit au martyrologe des Nanziger, le châtelain de la Hunebourg devra donc redoubler d’ardeur et d’activisme national-socialiste pour se faire sa place dans la nouvelle Alsace. Aussi, il n’attendra donc pas d’être revenu au pays pour se mettre en avant. Dès 1939, il s’adresse directement au Führer depuis le château de Wundlaken, domaine de Schlobitten près de Königsberg où il est réfugié. Sa lettre à Hitler détaille

 « les tourments de l’Alsace qu’il voyait dépérir sous la politique d’assimilation de la France. » Il ne fallait plus que l’Allemagne abandonnât l’Alsace comme elle l’avait fait en 1681 et en 1815. « Mon Führer, [implore-t-il] je sollicite votre protection pour ma patrie germanique, votre volonté pour la libérer. Longue vie au IIIe Reich !»

Dès les premiers jours de l’occupation, de retour à Strasbourg, il reprend ses activités d’éditeur. Il relance les Straßburger Monatshefte, interdits en 1939 et les fusionne avec la publication du Dr Robert Ernst, les Elsaß-Lothringen/Heimatstimmen. Sans perdre de temps, il réussit à sortir le premier numéro dès août 1940. A l’instigation de Wagner, Spieser redémarre également sa société d’édition, le Hünenburg Verlag, pour « apprendre aux Alsaciens les fondements philosophiques du national-socialisme » et, ce faisant, « ériger un bastion spirituel contre l’Ouest. »

 

Juin 1940 : Spieser s’attaque à l’Alsatia

 

Joseph Rossé emprisonné à Nancy en octobre 1939, le conseil de surveillance de la Société alsacienne d’édition Alsatia avait placé Xavier Mappus aux commandes opérationnelles. Directeur administratif depuis 1913, celui-ci avait su faire la preuve de grandes qualités de gestionnaire, d’abord avec Xavier Haegy, ensuite avec Rossé, en dépit de ses divergences d’appréciation avec le directeur politique du groupe. Par contre, il s’avérera totalement incapable de faire face à la situation de crise extrême provoquée par l’évacuation de l’Alsace vers le Sud-Ouest - catastrophique pour les ventes de la presse - et plus encore par le passage de la « drôle de guerre » à la vraie guerre - quand, le 10 mai 1940, la guerre cessant d’être drôle, les Allemands envahissent la France. Avant même l’arrivée de la Wehrmacht à Colmar à la mi-juin 1940, Mappus abandonne purement et simplement son poste, se retrouve à Paray-le-Monial qu’il quitte ensuite avant que les Allemands n’y arrivent, pour se réfugier en zone non-occupée, au Puy-en-Velayxxxii. La société – qui emploie plus d’un demi-millier de personnes – est ainsi complètement laissée à son sort, puisque Mappus ne s’occupera pas davantage du siège social que d’aucune des succursales. Pourtant, il est alors titulaire de 6,7% du capital !

 

L’Alsatia se trouve alors en grand danger de disparition. Le 20 juin, tel un chacal, Fritz Spieser, à titre de patron de Hunenburg Verlag, revenu en Alsace dans les fourgons de la Wehrmacht pour relancer sa propre entreprise d’édition basée en Basse-Alsace dans le château éponyme, arrive dans les locaux du siège colmarien de l’Alsatia, 10 rue Bartholdi. Il est accompagné du SS Teichmann. Les deux hommes ont l’intention ferme de s’accaparer l’entreprise pour en faire une officine de la propagande hitlérienne. Les nazis ne peuvent qu’abhorrer l’éditeur colmarien pour son caractère « clérical » et chercher à le supprimer, tout comme ils ont procédé dans le Reich où la totalité des maisons d’édition chrétiennes ont été fermées après 1933.

 

Mais le 17 juillet 1940, Rossé –livré par Vichy sans que nul ne lui ait demandé son avis, est ramené par les Allemands en Alsace occupée, bientôt annexée de facto. En marge des discussions sur l’armistice, ceux-ci ont en effet obtenu des autorités françaises qu’elles leur remettent les « Nancéiens » emprisonnés de 1939 et vont – dans un premier temps - les confiner aux Trois-Épis, station touristique proche de Colmar où la Gauleitung a momentanément établi ses quartiers. L’apprenant, et bien que le groupe de ceux qu’on appelle à présent les Nanziger soit « en quarantaine », le Conseil de l’Alsatia se réunit en urgence sous la présidence du curé Kessler et prend une résolution aux termes de laquelle « Monsieur Rossé est chargé de discuter tous les problèmes concernant les journaux et l’édition entre l’Alsatia et ses différentes filiales avec les autorités civiles et militaires compétentes. »

 

L’intéressé commence par refuser ce rôle de simple intermédiaire. Devant la gravité de la situation, il a besoin d’un positionnement plus clair. Il ne peut se contenter de jouer le Mister go-between. En outre, les derniers mois de sa collaboration de 1939 avec le curé Kessler ne lui ont pas laissé que des bons souvenirs. Il place donc le Conseil de surveillance devant l’alternative : soit de le nommer directeur général, soit de lui « redonner sa liberté ». Devant cette mise en demeure, le curé Kessler démissionne et cède sa place à la tête du Conseil à l’abbé Brunner. Le 7 août 1940, Joseph Rossé est officiellement nommé directeur général de la société.

 

Plus tard, l’abbé Brunner commentera cette décision en ces termes: « En nommant Rossé directeur général, les membres du Comité de surveillance n’ont obéi à aucune contrainte. L’opinion générale était alors que Rossé était le seul capable de prendre en main les destinées de l’Alsatia et d’entreprendre la lutte contre l’occupant … »

 

Le nouveau directeur général obtient le retour de Heidet à titre de secrétaire général de l’entreprise : il a toute sa confiance et il veut pouvoir s’appuyer sur lui. Pas rancunier à l’égard de Mappus qui le combattit avant guerre, il lui fait parvenir au Puy les affaires abandonnées à Paray-le-Monial dans la précipitation de l’exode, aide son frère à racheter les meubles de Colmar mis en vente par le séquestre allemand et empêche la vente des actions au nom de M. Mappus et de Mme qui pourront même les récupérer en 1945, avec les dividendes. Puis il prend les dispositions nécessaires pour permettre à l’Alsatia de poursuivre son activité , sans son pôle presse interdit par l’occupant hitlérien, et de conserver tout au long de la guerre sa position d’unique éditeur non-nazi de tout le Reich.xxxiii

 

Par la suite, Fritz Spieser tentera à plusieurs reprises de revenir à la charge. Mais chaque fois, couvert par son aura de Nanziger, Rossé parviendra à circonvenir les assauts de son challenger à la tête de l’Alsatia. Il a, de loin, bien plus de poids – et d’entregent- que le gérant de Hünenburg Verlag, jugé bien trop fantasque par le Gauleiter Wagner.

 

Les cendres de Karl Roos transférées à la Hünenburg

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Le donjon de la Hünenburg devenu haut-lieu du national-socialisme en Alsace

C’est cette partie du Château qui accueillera les restes de Karl Roos.

 

Le châtelain de la Hunebourg se consolera en procédant à l’agrandissement de sa bâtisse. Il reçoit assez vite les encouragements de Heinrich Himmler venu la visiter : Le Chef der Deutschen Polizei, patron de toutes les polices allemandes, envisage la possibilité d’en faire une base-école pour sa Schutzstaffel. Le 6 septembre 1940 – le même jour que Bickler - le châtelain enfin reconnu, sera ainsi admis dans la SS avec le grade de Sturmbannführer, c'est-à-dire de commandant, par le Reichsführer-SS en personne.xxxiv Mais Himmler et le Gauleiter sont comme chien et chat. Pour sa part, Robert Wagner retardera jusqu’au 1er janvier 1942 l’admission de Spieser au sein de la NSDAP, « n’ayant qu’une confiance limitée dans les compétences politiques et administratives [de l’homme de la Hunebourg] qu’il préférera gratifier d’occupations culturellesxxxv». Naturellement, il en résultera beaucoup de frustration chez l’intéressé.

Aussi verra-t-on Spieser se lancer dans la surenchère pan-nationaliste. Il publiera ainsi, pour le diffuser à large échelle, un projet délirant de dislocation de la France proposant d’annexer au Reich allemand la Bourgogne (dans laquelle il inclut Franche-Comté et Savoie), la Lorraine intégralement, les Flandres et la Normandie, « le sol et le climat de ces régions [étant] excellents pour y acclimater des colons robustes (sic) et volontaires en récompense de leurs sacrifices pour la patrie ». Il imagine aussi des transferts de population, par exemple du Südtirol vers la Savoie et le Jura, le but final étant de défendre le Reich contre les États-Unis et de consolider une Europe germaniséexxxvi xxxvii. A travers ses Monatshefte il se permettra aussi de devenir critique vis-à-vis de Wagner, d’autant qu’il est très mécontent du montant des indemnités qui lui sont proposées à titre de dédommagement de ses activités Deutschtum d’avant-guerre. Spieser en voudra aussi au Gauleiter de son manque de soutien dans sa tentative de mainmise sur les éditions Alsatia de Rossé pour développer ses Hünenburg-Verlage et leur assurer un monopole régional. Finalement, à la veille de la Libération, ce sera un homme déçu et aigri. L’historien Bankwitz écrit que, par haine de Wagner, il ira jusqu’à chercher à se rallier au néo-autonomisme de Joseph Rossé !

Aucun des ex-autonomistes ne rendra cependant aux Allemands involontairement autant de services que le défunt Karl Roos.xxxviii Dans une lettre datée du 9 août 1940, le Reichsleiter Martin Bormann écrit au Gauleiter Robert Wagner : « Le Führer a déclaré hier lors d’une conversation qu’il préférait que l’Alsacien Karl Roos ne soit plus considéré comme un autonomiste alsacien. Selon lui, le parti doit utiliser Roos à ses propres fins et le présenter comme un combattant pour la liberté de la grande Allemagne. Vous pourriez à l’occasion en parler avec le Führer. Heil Hitler ! Signé : Martin Bormann xxxix». A ce titre, l’ancien chef de la Landespartei, fusillé sans doute à tort à Champigneulles pour espionnagexl, sera très rapidement hissé sur un piédestal pour mieux remplir la fonction d’alibi à laquelle il est voué. Un véritable culte du personnage se met en place dès l’été quarante. Des pèlerinages sont organisés sur la tombe de l’homme politique alsacien devenu martyr de la Grande Allemagne. Des rues, des places, des édifices publics reçoivent son nom. Des livres d’édification sont diffusés pour éclairer les jeunes de la Hitlerjugend sur cet « exemple lumineux à tout jamais ». Un cercle Karl Roos s’organise à l’université de Strasbourg.

 

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19 juin 1941 : transfert des cendres de Karl Roos à la Hünenburg.

Au milieu de dignitaires nazis, Joseph Rossé se distingue en habits civils

(A gauche au second rang, avec le chapeau et sans le moindre brassard)

Au premier plan, le second à gauche est Mourer et à sa gauche Bickler.

 

Le 19 juin 1941, premier anniversaire de la « libération » de Straßburg devenue métropole du nouveau Gau Oberrhein, ce sera l’apothéose. Dans une mise en scène digne des plus parfaites célébrations national-socialistes, la dépouille mortelle de l’ancien chef de la Landespartei est transférée jusqu’au temple provisoire de la glorification du nouveau grand héros : le monument qu’avait élevé Fritz Spieser en mémoire du « soldat le plus inconnu » dans le donjon du château de la Hünenburg. Sur ordre du parti qui assure l’encadrement, une foule énorme est massée en rangs serrés le long des routes, les cloches sonnent à la volée dans la traversée des villages. Des pétales de fleurs sont lancés. « Ce n’est pas un convoi funèbre, c’est une voie triomphale » écrira un laudateur enthousiaste. A la Hünenburg où est rassemblé tout le Gotha de l’Oberrhein, drapeaux fanfares, discours, chœurs des Hitlerjugend dans le plus pur style nazi rehaussent naturellement la pompe du spectacle, en même temps que la gloire temporaire du maître des lieux. Spieser pourra ainsi veiller sur les cendres de Roos tout au long de la guerre. Mais quand, en 1945, les paysans des villages environnants s'emparent des restes pour les jeter du haut du donjon, il ne pourra pas l'empêcher : le châtelain de la Hunebourg aura depuis un moment pris la poudre d’escampette pour échapper aux poursuites, une nouvelle fois outre-Rhin.

 

Spieser condamné par contumace en 1947

 

Le cas de Friedrich/Fritz Spieser sera jugé par contumace à partir du 29 juillet 1947. Dans la débâcle allemande, fugitif avec sa famille perdue au milieu d’une masse de réfugiés, il n'a plus accès à la propriété de ses beaux-parents, puisque la Prusse-Orientale est depuis mars 1945 totalement occupée par les Soviétiques. Mais il trouve asile dès 1945 au château de son beau-frère à Hohensolms-Lich en Hessexli, plus tard au château de Stettenfels près de Heilbronn, sans que la police française mette beaucoup d’ardeur à l’en déloger. Comme tous les autres accusés alsaciens pro-nazis en fuite, il est finalement condamné le 4 septembre 1947 à la peine de mort, la confiscation des biens – qui, pour Spieser, concerne principalement la Hunebourg – et la dégradation nationale à vie, « en vertu de l’article 75 du Code pénal et par contumace. »

Lors de ce même procès de juillet 1947, se retrouvent aussi sur le banc des accusés cinq personnes qui n’ont rigoureusement joué aucun rôle durant l’annexion déguisée. Quatre d’entre elles ne sont là que parce qu’en 1940, elles figuraient parmi les emprisonnés de Nancy devenus les Nanziger. Ce sont l’avocat Pierre Bieber - après leur odyssée commune il avait repris son métier -, Georgette Woerner née Stoekli, l’ancienne secrétaire de Roos, oubliée de tout le monde, le Dr Joseph Oster, directeur des Hospices civils de Strasbourg, qu’on va démettre de ses fonctions, le journaliste Camille Meyer, ancien de l’ELZ néanmoins proche de l’UPR. On leur adjoint l’abbé Goldschmidt, sans doute pour suppléer l’absence de l’autre Nanziger l’abbé Brauner, martyrisé à mort par des FFI au Struthof français. Bieber et Oster sont condamnés à des peines de travaux forcés : quinze ans pour l’un, sept pour l’autre ; Meyer à cinq ans de réclusion et Mme Woerner à 3 ans d’emprisonnement. Ils se voient tous également infliger la dégradation nationale à vie, quinze à vingt ans d’interdiction de séjour et des confiscations d’un montant variable.xlii

Quant à la Hünenburg, Bernard Wittmann en raconte le sort dans ces termes :

« A la Libération, les époux Spieser seront dépossédés du château par un tour de passe-passe juridique. En effet, Fritz Spieser était marié sous le régime de la communauté de biens, de sorte que son épouse la comtesse Agnes von und zu Dohna-Schlobitten […] avait une part égale dans la propriété du château. Qu'importe ! Par une ordonnance du Tribunal de Saverne du 31 mars 1949, ses biens et sa part du château furent également mis sous séquestre. Ensuite, sur une simple requête de Me Bollack de Strasbourg « agissant comme poursuivant en spoliation de biens dont il avait été victime durant l'annexion », le Tribunal de Bouxwiller put ordonner, le 30 avril 1949, l'adjudication forcée de l'intégralité de la Hünenburg qui fut fixée dare-dare au 19 mai 1949.

En février 1987, des personnes présentes sur le site virent, immobile sur le parking un vieillard sur une chaise roulante, emmitouflé dans un épais manteau et coiffé d'un chapeau à larges bords, qui resta de longs moments en fixant le château. C'était Fritz Spieser venu voir une dernière fois l'œuvre de sa vie avant de s'éteindre (des habitants du village voisin le reconnurent). II mourut quelques jours plus tard. »xliii

En Allemagne, où Friedrich Spieser s’était réfugié, il militera pour la réconciliation franco-allemande et une coexistence pacifique entre les peuples. En 1952, il avait publié ses mémoires sous le titre : « Tausend Brücken. Eine biographische Erzählung aus dem Schicksal eines Landes ». Dans la préface de ce livre de 1082 pages édité à Heilbronn, sa femme Agnes Gräfin Dohna, y présentait son mari comme « un citoyen français de langue allemande et de sentiments européens », qui voulait « construire mille ponts tout en estimant aberrant le sacrifice des traditions ethniques dans le feu croisé de l'aveuglement des haines héréditaires ». II décédera le 23 février 1987 et sera inhumé dans le Bade-Wurtemberg à Untergruppenbach, arrondissement de Heilbronn.

 

« En Alsace, les témoignages recueillis auprès des personnes de la région font apparaître beaucoup de prudence dans le propos, des zones d'ombre, mais dans l'ensemble une relative sympathie pour la famille Spieser », écrira Pierre Boulay, le président de l'Association Patrimoine de Neuwiller-les-Saverne dans la publication de la Société Savante d’Alsace parue dix ans après.xliv

 

Spieser fritz 6

 

Texte rédigé pour le site josephrosse.com à partir des ouvrages suivants :

  • Philip Bankwitz, Les chefs autonomistes alsaciens 1917-1947, Saisons d’Alsace n°71 pp. 118-119.

  • Lothar Kettenacker. La politique de nazification en Alsace, partie 1, Saisons d’Alsace, n° 65, pp. 91--103

  • Michel Krempper. Aux sources de l’autonomisme alsacien-mosellan, Yoran Embanner, 2015, pp.245-250, 309-311, 341.

  • Michel Krempper, Joseph Rossé 1892-1951, Alsacien interdit de mémoire, Yoran Embanner, pp.134-136.

  • Bernard Wittmann, Une histoire de l’Alsace, autrement, éd. Rhyn un Mosel, tome 2, pp. 275-283, tome 3, p.109, 115 & 118.

  • Pierri Zind, Elsaß- Lothringen, Alsace-Lorraine, une nation interdite, 1870-1940, Copernic, 1979, pp.587-631.

 

i Pierri Zind, Elsaß-Lothringen, Alsace-Lorraine, une nation interdite, 1870-1940, Paris,

Copernic, 1979, page 590

iiLe pasteur Spieser s’était aussi donné pour vocation de « purifier » la langue alsacienne des traces françaises. L’un de ses écrits polémiques est intitulé « Deutschlands Unfähigkeit das Elsass zu entwelschen » : il y dénonce la faiblesse du gouvernement impérial à l’égard du « Welsch ».

iii Cercle biblique Schiller

iv Friedrich Hünenburg (alias Friedrich Spieser). Tausend Brücken, 1ère éd., préface Agnes Gräfin Dohen, Heilbronn, 1952, 1086 pages.

vLothar Kettenacker. La politique de nazification en Alsace, Strasbourg, Istra, Saisons d’Alsace n°65 p. 91.

viWandervogel (oiseau migrateur) nom d’un mouvement de jeunesse apparu à Berlin vers 1895. A ses débuts, il se caractérise par son spontanéisme: pas de groupe structuré, des bandes qui se font et défont, en vue d'excursions pédestres plus ou moins lointaines, sans but préétabli, selon le terme d'où dérive leur nom, Wanderung (randonnée, errance), Son logotype est un héron. Par la suite le mouvement se diversifie en plusieurs branches d'inspirations politiques ou de confessions différentes. Peu avant la Première Guerre mondiale, se créent en son sein des organisations para-militaires semi-officielles comme le Deutsche Pfadfinderbund (Ligue des éclaireurs allemands, 80 000 membres) ou le Bund Jungdeutschland (Ligue Jeune Allemagne, 700 000 membres) Après cette guerre, il évoluera vers une sédentarisation sous des formes fixes et semi-fixes comme les camps de vacances, ou les colonies de campagne à objectif agricoles ou artisanaux.

vii Pierri Zind, Elsaß- Lothringen, page 599.

viiiMarc Sangnier, Paris 3 avril 1873 – Paris 28 mai 1950, a été journaliste et homme politique français, un des promoteurs du catholicisme démocratique et progressiste, créateur du Sillon et de la Jeune République. A aussi occupé une place importante dans le mouvement de l'éducation populaire à travers les revues et mouvements qu'il a animés ; pionnier du mouvement des auberges de jeunesse en France.

ixSans parler de René Schickelé (voir ci-après), le royaliste d’Action française et futur résistant gaulliste, Robert Heitz, fera de même des études des deux côtés du Rhin.

x« La vie du chant populaire dans le cadre d’un village lorrain : Hambach, arrondissement de Sarreguemines ».

xiPierri Zind, Elsaß- Lothringen, Alsace-Lorraine, pp. 603-605.

xiiNuméro du 15 mai 1930.

xiiiPierri Zind, Elsaß- Lothringen, Alsace-Lorraine, p. 606.

xivLe Faucon Pèlerin.

xvNé le 2 avril 1910.

xviLe Collège Saint-Guillaume est alors, et aujourd’hui encore un séminaire protestant implanté quai Saint-Thomas. Albert Schweitzer y logera avant d’en devenir le directeur. Fondé pendant la Réforme, sa fonction première était de permettre aux étudiants démunis d'étudier la théologie, disposant dès le départ de bourses et de logements.

xviiC’est l’autre face du régime concordataire qui assimile pasteurs et prêtres à des fonctionnaires de l’Etat.

xviiiRomancier, essayiste et poète alsacien de langue allemande (Obernai, Bas-Rhin, 4 août 1883 – Vence, Alpes-Maritimes, 31 janvier 1940). Membre de l'Académie de Berlin, il s’est défini « citoyen français und deutscher Dichter » (en français, « et poète allemand »). Retiré en Suisse durant la Première Guerre, à Badenweiler dans la Forêt-Noire face à l’Alsace après 1918, il a fui le nazisme montant pour s’installer en Provence en 1932. Si sa grande trilogie Das Erbe am Rhein a été écrite en allemand comme le reste de son œuvre, la dernière Le retour le sera en français. Dans l'esprit de René Schickele, le Cercle René-Schickele, fondé en 1968 par la société Culture et bilinguisme d'Alsace et de Moselle, se veut un pont entre les cultures française et allemande.

xixRobert. Heitz, Souvenirs de jadis et de naguère, 3é éd, Woerth, chez l’auteur 1969, pp.142-148.

xxIdem p.148.

xxiTöpfer avait déjà subventionné des Auberges de jeunesse dans le Schleswig du Nord et le Burgenland. Lothar Kettenacker, La politique de nazification en Alsace, Strasbourg, Istra, Saisons d’Alsace n°65 p. 101.

xxiiLothar Kettenacker, La politique de nazification en Alsace, partie 1, p. 94.

xxiiiIbidem.

xxivK.H. Rothberger, Die e-l Heimat- und Autonomiebewegung zwischen den Weltkriegen, 2è éd, Bern, Frankfurt, Lang, 1976, p. 221.

xxvPhilip Bankwitz. Les chefs autonomistes alsaciens 1919/1947, Strasbourg, Istra, Saisons d’Alsace n° 71, 1980, pp. 62-63.

xxviSur la Fondation Töpfer, toujours en activité, voir le travail d’historien de G. Kreis, G.Krumeich, H. Menudier, H. Mommsen, A. Sywotteka, Alfred Toepfer, Stifter und Kaufmann, Kritische Bestandsaufnahme., éd. Christians u. A. Toepfer Stiftung FVS, Hambourg, 2000, 488 p. Voir en particulier. G. Kreis Toepfer und das Elsass. (CR. François Igersheim, RA 2006. p. 545-555).

xxviiLothar Kettenacker, La politique de nazification en Alsace partie 1, p 28.

xxviiiSes maîtres d’œuvre et artisans sont connus : L’architecte en était Erich Loebell, l’entrepreneur Victor Bottlaender, le sculpteur Alphonse Rompel, les tailleurs de pierre Briwa et Trummer, le charpentier Fritzinger et le maître-forgeur Adolf. L’architecte, juif par sa mère, se cachera dans un chalet des Vosges pendant l’occupation.

xxixDont par ailleurs Spieser était resté l’un des chefs. Il ambitionnait d’établir des organisations culturelles parallèlement aux différents sous-groupes politiques de la Jungmannschaft. Voir Lothar Kettenacker, La politique de nazification en Alsace, p. 93.

xxxK.H. Rothberger, Die e-l Heimat- und Autonomiebewegung zwischen den Weltkriegen, p. 221.

xxxiLothar Kettenacker, La politique de nazification en Alsace, p. 28.

xxxii En 1945, paraîtra L’Alsace sous l’occupation allemande 1940-1945, premier livre de Marie-Joseph Bopp édité au Puy par Xavier Mappus qui a créé pour l’occasion sa propre maison d’édition. Mappus en profitera pour faire écrire par Bopp qu’il avait été expulsé par les Allemands. Le 31 janvier et le 9 février 1946 André Heidet et l’abbé Brunner, témoigneront que cela était faux et que Mappus avait bien fuit de Colmar avant l’arrivée de la Wehrmacht. Voir Gabriel Andrès, Joseph Rossé, p. 42. Ecrite « à chaud », sans le recul suffisant par un auteur surtout soucieux de régler des comptes, notamment avec Rossé, cette histoire de l’Alsace sous l’occupation écrite par Bopp est une source des plus douteuses.

xxxiiiVoir Michel Krempper, Joseph Rossé… Chapitre 6. Résistant anti-hitlérien, section L’Alsatia, bastion catholique contre le national-socialisme, pp 221 & sq.

xxxivPhilip Bankwitz. Les chefs autonomistes alsaciens p. 91-92.

xxxvIbidem p. 118.

xxxviIbidem p.93.

xxxviiKettenacker décrit le projet en détail dans La politique de nazification en Alsace, première partie, p.97.

xxxviiiLothar Kettenacker. La politique de nazification en Alsace, première partie, p.112.

xxxixBernard Wittmann. Jean Keppi, p.255. L’historien a retrouvé dans les archives Stürmel une copie de ce courrier.

xlVoir ci-dessus Partie 4 Chapitre 4 Section Karl Roos : traitre, espion ou victime ?

xliRobert Heitz. Souvenirs de jadis et de naguère, 3é éd, p.149 affirme l’avoir su dès 1945 alors que Léonard, chef de la police politique de Strasbourg qui, pourtant avait déniché Ernst et Mourer, ne l’aurait découvert qu’en 1950 (ou 1951).

xliiFrancis Arzalier. Les régions du déshonneur, Paris, La Librairie Vuibert, 2014, pp. 217-218

xliii Témoignage recueilli le 26 août 2000 par l'auteur BW auprès de Gilles Barnagaud « attaché au château de la Hunebourg » 

xliv Hunebourg un rocher chargé d'histoire, 1997, p.241.