DER WESTERN 1/02/2017

Article creation cjr daswesten

 

 

 

 

LAND UND SPROCH n° 203 09/2017

Land sproch 2017 sept

 

 

N.R.H. n°90 mai-juin 2017 p.65

Article nrh90mai2017

 

L'ALSACE  25/04/2017

Article lalsace 25 4 2017 itineraire

 

D.N.A.  25/04/2017

Article dna 25 4 2017 annoceconfdusoir

D.N.A. 20/04/2017

Article dna 20 04 2017 pourconnaitre

L'ALSACE  19/03/2017

Article lalsace cimetierecolmar19 3 2017

L'ALSACE  10/03/2017

Article lalsacethurdoller10 3 2017annonceconfsa

L'ALSACE  20/11/2016

Alsace 20 11 2016

L'AMI HEBDO 13/11/2016

Article amihebdo nk 13 xi 2016

 

L'ALSACE 9/11/2016

Article l alsacethurdoller9 xi 2016

 

DNA 21/10/2016 - Propos recueillis par Nicolas ROQUEJEOFFRE

 

Une association pour la réhabilitation de Joseph Rossé

Le cercle Joseph Rossé sera créé ce samedi à Colmar. Objectif de cette association : réhabiliter et défendre la mémoire de ce Sundgauvien, ancien député de Colmar, condamné pour espionnage et collaboration en 1947.

Jr tombe dna

La tombe de Joseph Rossé dans le cimetière de Colmar, rue du Ladhof.  Photo DNA - Nicolas Pinot

Michel Krempper a sorti, en mai dernier, une somme sur Joseph Rossé (*), livre qui fait suite à celui qu’il avait consacré aux sources de l’autonomisme alsacien-mosellan de 1871 à 1945. Dans ce nouvel ouvrage, l’auteur, qui cite de nombreux documents provenant du fonds de la bibliothèque universitaire de Strasbourg mais également des archives privées, se plonge dans la vie de celui qui fut élu trois fois député de Colmar avec l’étiquette UPR (union populaire républicaine).

Qui retrouve-t-on dans ce cercle ?

« Une vingtaine de membres. Il y a des proches de Joseph Rossé dont un de ses neveux, une petite-nièce de l’épouse de Joseph Rossé et la fille de Marcel Stürmel, collègue député, élu au sein du même parti. On trouve
aussi des gens qui se sentent intellectuellement et politiquement proches des idées démocrates chrétiennes que soutenait Rossé. Nous avons aussi des personnes qui défendent des positions de régionalisme poussé comme Rossé. Et puis il y a des amis de l’Histoire et qui ont été frappés comme moi de l’injustice du jugement qui a frappé Joseph Rossé en 1947. »

Et des élus ?

« Pas de façon déclarée pour l’instant. Je rappelle qu’il y a trois/quatre ans, le nom de Rossé sentait le souffre car, pour la plupart des élus, prisonniers des schémas développés après-guerre, Rossé était un autonomiste, ami des nazis, voire nazi. Or, beaucoup d’élus nous soutiennent dans cette démarche de réhabilitation mais préfèrent rester discrets ! »

Joseph Rossé évoque-t-il encore quelque chose aux plus jeunes ?

« Pour la plupart, il était encore, il y a un an ou deux, totalement inconnu. Aujourd’hui, il revient à la mémoire de beaucoup et contribue à un regain de fierté alsacienne parce que Rossé fut courageux par son attitude, même si celle-ci fut ambiguë en Alsace. Il fut de ces autonomistes alsaciens qui se sont rapprochés des comploteurs à l’origine de l’attentat contre Hitler, le 20 juillet 1944. »

Vous développez la thèse selon laquelle Rossé a fait l’objet d’un procès politique…

« Il passe devant un tribunal spécial qui à l’époque s’appelle la cour de justice. Elle instruit l’affaire durant deux ans. Nous sommes donc en 1947 et elle doit répondre à trois questions : est-il coupable d’intelligence avec l’ennemi avant le 16 juin 1940 ? C’est non. Est-il coupable d’avoir collaboré avec les Allemands après cette date et jusqu’à la fin de la guerre ? La réponse est oui mais, et c’est la troisième question, elle lui accorde des circonstances atténuantes. En réalité, cette justice n’a rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Elle est infiltrée, politisée et beaucoup de personnes ne souhaitent pas voir revenir Rossé en Alsace. À la fois ses anciens adversaires socialistes et communistes mais aussi ses anciens amis chrétiens démocrates qui se lancent dans l’aventure du MRP plutôt que de reconstituer un parti autonome alsacien comme avant-guerre. Si aujourd’hui le procès devait être rouvert, ça ne traînerait pas. Il serait réhabilité. Malheureusement, les témoins ont disparu et les traces écrites sont peu nombreuses. »

Où se situerait-il aujourd’hui sur l’échiquier politique ?

« Avant-guerre, l’Union populaire républicaine, le parti de Rossé, rassemble plus de 45 % de l’électorat alsacien. Il pourrait être à la fois proche de Unser land mais aussi de cette frange des Républicains qui s’attache encore à la sauvegarde du particularisme alsacien à l’image de Laurent Furst. »

Quelles seront les premières actions du cercle ?

« On veut ouvrir la voie à une réhabilitation, peut-être judiciaire, de Joseph Rossé. Et pourquoi pas la création d’une plaque de rue à son nom dans une ville d’Alsace. La République, aujourd’hui, célèbre bien quelques ennemis de l’Alsace comme Turenne à Turckheim. Mais préalablement, il faudra un travail d’explication, d’information, de communication. Et rapidement, nous voulons faire graver sur la pierre tombale de Rossé la mention “député du Haut-Rhin en 1928, 1932 et 1936”.»


QUINZE ANS DE TRAVAUX FORCÉS

Joseph rosse

Militant régionaliste, Joseph Rossé sera révoqué de sa fonction d’instituteur par l’État français en 1926 pour avoir signé le manifeste Heimatbund, la plateforme commune des autonomistes. Directeur des éditions catholiques Alsatia et de leurs journaux, Joseph Rossé fait partie des Nanziger, ces cadres autonomistes soupçonnés d’espionnage par la France, arrêtés, emprisonnés puis livrés aux autorités nazies et qui ont paraphé (sous la contrainte diront-ils) le manifeste des Trois-Epis demandant l’intégration de l’Alsace dans le IIIe Reich.

« Double jeu » ?

Michel Krempper développe la thèse selon laquelle Joseph Rossé a joué un « double jeu » durant la guerre. « Pendant l’occupation, il restera à l’écart de la collaboration avec les nazis qui se méfiaient de lui car il exerçait alors une grande influence sur les milieux catholiques », souligne-t-il. « Il avait fait de l’Alsatia un bastion contre le régime et son idéologie », ajoute l’auteur. Joseph Rossé nouera aussi des liens avec les conjurés de l’attentat manqué contre Hitler en juillet 44. En février 45, il est arrêté puis sera jugé en 1947 et condamné à quinze ans de travaux forcés. Il meurt en 1951 dans la centrale d’Eysses dans le Lot-et-Garonne.

(*) Joseph Rossé, 1892-1951, Alsacien interdit de mémoire par Michel Krempper, édition Yoran, 20 €

 

 

 

REVUE D'ALSACE N° 142  -  1/10/2016  -  Claude MULLER  -  P 484-485

 

Krempper Michel

Joseph Rossé (1892-1951) Alsacien interdit de mémoire

1) Né à Montreux-Vieux le 26 août 1892, fils d’un boulanger, Joseph Rossé épouse à Colmar le 7 septembre 1920 François Joséphine Sonntag. Issu d’une famille nombreuse, il quitte l’école à l’âge de quatorze ans pour apprendre le métier de son père. L’instituteur et le curé en décident autrement. Sorti premier à l’École normale en 1913, il est nommé assistant – instituteur dans son village natal. La guerre passe bientôt. Elle l’emmène en Russie, met en valeur son courage, ce qui lui vaut une Croix de fer. Après l’armistice, il reprend le métier d’instituteur, œuvre à Colmar en 1918, à Lauterbourg en 1919, à Colmar en 1920. Syndicaliste actif, il participe après 1924 à la lutte scolaire, rejoignant les milieux de la Zukunft pour défendre une politique alsacienne plus énergique. Signataire du Manifeste de l’Elsass-Lothringer Heimatbund de juin 1926, il est confronté à un événement brutal : sa destitution de sa fonction d’enseignant.

2) Il entre alors à l’Elsässer Kurier, grand quotidien catholique, dont il devient rédacteur en chef. Arrêté le 7 décembre 1927 sous l’inculpation d’atteinte au crédit de l’État, il bénéficie d’un non-lieu. Entre-temps il est accusé de complot contre la sûreté de l’État et condamné, lors du procès de Colmar de mai 1928, à un an de prison. Or il avait été élu député de Colmar en avril 1928, un mois plus tôt. Sa déchéance est votée par la Chambre des députés le 8 octobre 1928. Gracié en juillet 1928, il est élu conseiller général de Colmar en octobre 1928, élection invalidée en mars 1929. Réélu en 1936, élu conseiller général du canton de Wintzenheim en août 1935 avec le soutien des communistes.

3) Son pacifisme, ses voyages fréquents en Allemagne, ses procès lui valent, à partir de 1938, des attaques de plus en plus violentes. Arrêté en octobre 1939 sous l’inculpation d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État, il est emprisonné à Nancy. Libéré le 14 juillet 1940, sur injonction de l’Allemagne, il souscrit, le 18 juillet 1940, au manifeste des Trois-Épis qui demande l’intégration de l’Alsace au Troisième Reich. Directeur des éditions Alsatia en juillet 1940, il se rend en France pour évoquer la situation alsacienne, plaidant pour une Alsace-Lorraine autonome, sans succès. Le 2 décembre 1944, Rossé échappe à une perquisition de la Gestapo. Quand il sort de sa cachette le 3 février 1945, il se livre aux autorités militaires. Arrêté, jugé du 29 mai au 12 juin 1947, il est condamné à quinze ans de travaux forcés, à vingt ans d’interdiction de séjour, à l’indignité nationale et à la confiscation de ses biens. Il meurt, le 24 octobre 1951, dans la maison centrale d’Eysses à Villeneuve-sur-Lot, ayant passé 2 450 jours de sa vie en prison.

4) Ce destin tragique, dans un contexte de deux nationalismes français et allemand exacerbés, est évoqué par Michel Krempper. Bien documenté, avec des textes inédits, dans un contexte correctement présenté en ayant recours à une bibliographie où le meilleur (Bankwitz, Baechler, Igersheim, Strauss, Irjud, Wahl) voisine avec du moins bon (Zind, voir RA 1980, p. 296), l’ouvrage de Michel Krempper s’insère dans un courant qui réhabilite, à juste titre, des personnes comme Jean Keppi (biographie par Bernard Wittmann en 2014) par exemple.

5) Pour autant, le recenseur se doit de relever le parti pris de l’auteur. Revendiquant ses opinions, Michel Krempper se laisse guider par l’indignation (qui n’est pas une science auxiliaire de l’histoire), comme souvent dans ce type de thèse. Ce n’est, à notre sens, pas le meilleur moyen de rendre service à la mémoire de Joseph Rossé. Un lecteur contemporain peut trouver par lui-même, sans qu’il soit nécessaire d’abuser d’excès de langage, le tragique d’une vie et d’une époque.