L’animateur des Jeunesses-UPR

 

 L’historien Pierri Zind date de 1929 la mise en route d’un mouvement de jeunesse de la Volkspartei. A Colmar cependant, au sein de la section UPR présidée par Joseph Rossé, un premier groupe autonome de jeunes comptant huit membres semble avoir fonctionné plus tôt. L’écrivain Ekkehard Blattmann dit 1925. 1928 indiqué par le professeur Christian Baechler parait plus probable.

 

Für Gott, Volk und Heimat : Pour Dieu, le peuple et la patrie. D’emblée, la Jung Volkspartei affirme par cette symbolique son caractère chrétien, son pacifisme militant, sa volonté de défendre le particularisme alsacien au sein de l’ensemble français et ses liens avec le parti politique à l’origine de son lancement. La résolution adoptée en fin de réunion précise les traits du mouvement puisqu’elle revendique :la devise : Rot un Wiss, drapeau de l'Alsace. Celui-ci comporte bénit le drapeau Dusenbach célèbre la grand-messe en présence de l'abbé Haegy, puis il estrade et devant un autel pavoisé aux couleurs tricolores, le chapelain de dessin d'un fusil brisé, suit une fanfare aux accents cuivrés. Sur une grande Glashütte. Une centaine de jeunes gens dont un tiers de jeunes filles, encadré par une dizaine d’aînés de la Volkspartei, se rassembleront au Herrengarten de Ribeauvillé, d’où ils formeront un cortège pour rejoindre le site de la réunion. Deux pancartes les précédent avec l'inscription «Plus jamais de guerre» et leA partir de ce noyau, le mouvement se développe progressivement. Ainsi, le 16 août 1931, Joseph Rossé et le chapelain du pèlerinage de Notre-Dame de Dusenbach pourront organiser un premier congrès dans une clairière à l'ouest de Ribeauvillé, la

 

« 1 - l'organisation de toute la vie publique d'après les principes chrétiens ;

2 — la lutte contre la haine entre les peuples et pour le développement de l'entente entre les États, particulièrement entre la France et l'Allemagne ;

3 — des réformes radicales dans le domaine social et économique, tendant à procurer â toutes les classes, notamment aux ouvriers, la situation à laquelle ils peuvent prétendre en tant qu'hommes, chrétiens et citoyens ;

Heimat au mieux des intérêts de l'Alsace, de la paix mondiale et de la France. »Landtag), seule capable d'assurer la vie de notre d'un budget particulier, et d'une représentation régionale ( conforme aux intérêts de notre région, d'une autonomie administrative, 4 — la réalisation prévue dans le programme de notre parti en 1919 et

 

Schillinger d'Ensisheim (trésorier), Soszler (Guebwiller) et Weber (Mulhouse). Jung-Volkspartei » sont également établis et un comité directeur provisoire désigné comprenant Joseph Rossé Marcel Sturmel, Eugène Hertzog (maire de Colmar), Vogel (adjoint au maire de Colmar), Barthel de Ribeauvillé,Des statuts provisoires d’une « Union régionale des sections de la

 

Jung-Volkspartei, un jeune adhérent devait être plus qu’un simple colleur d’affiches ou distributeur des tracts électoraux des bonzes du parti. Jean-Jacques Ritter, membre du mouvement, dira plus tard que les jeunes auxquels s’adressait Rossé appréciaient particulièrement ses appels à la prise de responsabilité dans tous les domaines de la vie politique, économique et sociale. Ceci ne doit pas étonner car, pour le président de la Molsheim, Benfeld et Huttenheim. A partir de là, la progression sera rapide. Fin 1932, on compte déjà 38 groupes, dont 11 dans le Bas-Rhin. Cette expansion doit beaucoup aux qualités personnelles de Joseph Rossé, ses dons d’orateur et son charisme personnel, notamment. à Strasbourg, Schiltigheim, Illkirch- Grafenstaden, Saverne, Erstein, Jung-Volkspartei se trouvera bientôt fortement implantée en Haute-Alsace, notamment à Colmar (président A. Weiss), à Mulhouse (président Fuchs), à Ribeauvillé (président Vonfeld), à Bergheim (président Hugg) à Rodern, Husseren-les-Châteaux etc., mais aussi en Basse-Alsace, la 1chargé de l'exécution de ces décisions fédération, de publier un organe et de constituer un bureau provisoire présidé par Rossé et Glashütte, ils n'étaient guère qu'une centaine de jeunes repartis dans cinq ou six groupes de la région de Colmar. Mais après la décision de créer uneA la veille de la première assemblée régionale de la Le développement des Jeunesses-UPR avait été extrêmement lent jusqu'en 1931.

 

Les statuts définitifs sont approuvés par le Comité directeur de l'UPR, le 13 octobre 1933. Les buts de l'association sont clairement définis en quatre points :

Heimet alsacienne.ou indirectement, intéressent notre pays et spécialement notre « 1) Diriger les jeunes dans l'étude de tous les problèmes qui, directement

2) Organiser ces jeunes â l'intérieur de la grande organisation politique de l'UPR en une branche spéciale de jeunes.

Heimet.Heimat alsacienne, l'esprit de solidarité et de camaraderie mutuelle et la volonté de mettre toutes ses forces au service du bien-être de la

3) Renforcer et encourager chez ses membres l'amour et la fidélité â la

4) Chaque jeune s'engage à combattre pour la propagation de l'idée de paix et la réalisation de l'entente entre les peuples ».

 

  

 

1 Les autres membres du bureau provisoire sont Stürmel, Vogel, conseiller municipal de Colmar, Weil, François Fuchs. Schillinger, Sossler, Weber, Paul Wach, Barthel, Hertzog, maire de Colmar du 18 mai 1929 au 16 mai 1935 .

 

  Les Jeunesses-UPR sont ouvertes aux jeunes de 16 à 28 ans. Plus tard, le Comité-directeur insérera un article précisant qu'à partir de 21 ans les jeunes UPR seront automatiquement membres de l'UPR. II s'agit de marquer très nettement la dépendance des Jeunesses-UPR et d'éviter que ne se constitue une organisation autonome à l'intérieur même du parti. Les membres sont organisés en sections locales, regroupées en régions, le tout étant coiffé par la fédération, dont les deux organes sont l'assemblée des délégués et le bureau fédéral. Le congrès annuel de l'assemblée des délégués élit le bureau fédéral de cinq membres, ainsi que les deux représentants au Comité directeur et aux Comités départementaux du parti.

 

Dès lors, doté de cette solide organisation, le mouvement connaît un essor très régulier. II comptera 62 sections en 1934, 100 en 1935, 97 en 1937 et 148 en 1938. Il atteint 1 250 membres en 1935, 1 900 en 1937 et 2 900 en 1938. A partir de 1933, les Jeunesses-UPR disposent tous les quinze jours d'une feuille insérée dans l’maison d'édition, les Éditions , qui devient mensuelle en mars 1938. Puis elles créent leur propreJung-Elsass une revue trimestrielle,. Le 3 novembre 1935, elles publient chez AlsatiaKurier et l’ElsässerElsässerla société , ce qui provoque une très grave crise au sein de Jung-Elsasser. Lors de la séance de son Conseil de surveillance le 1Alsatia juin 1938, Rossé recevra même un ultimatum : soit il confie la publication de directeur politique et de rédacteur en chef des journaux du groupe. Il préfère obtempérer et faire publier l’organe des Jeunesses par l’éditeur des autres journaux qu’il dirige. Le mensuel atteindra un tirage de 10 000 exemplaires en 1938. , soit il démissionne du poste de à l’AlsatiaJung-Elsass

 

 

 

 

Rot un Wiss avec une croix de Lorraine, ce qui amènera les journaux adverses à les comparer, tout à fait abusivement, aux jeunesses hitlériennes. cravate noire, culotte sombre, béret basque avec ruban blanc-rouge, et un fanion mouvements ligueurs de l’époque, les Jeunesses -UPR ont un uniforme : chemise grise, s'achèvent par des discours et le vote de motions. Comme beaucoup de commencent par une messe solennelle suivie d'un défilé en ville, et autant à Mulhouse en 1939. Ces manifestations Sainte-Odile en 1937 et organise une grande manifestation réunissant 5 000 personnes au Mont de militants à Colmar et deux écoles d'orateurs à Colmar et à Schiltigheim. Tous les ans, puis, à partir de 1935, tous les deux ans, la Fédération propagation de la presse de l'UPR. On veille aussi à leur formation. Il existe une école aux pauvres. A cela s'ajoute la propagande politique : distributions de tracts et ventes de brochures. Les jeunes contribuent également à la pommes de terre et de légumes dans les campagnes pour les distribuer ensuite négligée. La section de Colmar fait par exemple des tournées de ramassage de d'une semaine dans les chalets vosgiens acquis par l'organisation. L'action sociale n'est pas région. En été, les membres des Jeunesses-UPR se succèdent pour des séjours moins une fois par trimestre et organise des manifestations pour l'ensemble de la d'études, des assemblées élargies. Chaque région réunit ses délégués au et de lecture, des films-conférences, etc. Elles organisent des excursions semaines, pour des conférences suivies de discussions, des soirées de chant La force des Jeunesses-UPR réside dans la régularité de leurs activités et l’efficacité de leur organisation. Les sections se réunissent deux fois par mois voire toutes les

 

 

 

. , en particulier ceux-liés aux revendications régionales et au pacifisme. Sur le plan politique, à la suite de son président Rossé le mouvement préconise la constitution d'un large front alsacien, et cela encore en 1938. Surtout, il insiste, plus encore que l'UPR, sur la nécessité absolue d'un rapprochement franco-allemand pour assurer la paix en Europe. On y défend l'idée d'un désarmement général total. L'assemblée régionale de Hirsingue de mai 1933 décidera l'adhésion au « Comité d'entente de la jeunesse française pour le rapprochement franco-allemand ». Un Comité auquel s’étaient également associées l’Association catholique de la jeunesse française (ACJF) et la Jeune République. Encore le 14 mai 1939, lors de la dernière assemblée générale des Jeunesses-UPR à Mulhouse, l'orateur principal, l’écrivain et journaliste Marcel Jacob, proclamera que « la guerre n'est pas une solution à nos problèmes » et demandera « du pain et la paix » Par son caractère anti-hitlérien, ce discours vaudra à son auteur d’être interdit d’écriture et de publication par les nazis dès leur arrivée en Alsace. Rossé donnera alors à l’écrivain un « abri professionnel » au sein de l’AlsatiaLe succès des Jeunesses-UPR s'explique aussi par leur lecture plus radicale de certains aspects du programme de la Volkspartei.

 

 

 

 

 

  

  

 

Upr 1939

 

Réunion des Jeunesses-UPR 14 mai 1939 Mulhouse

Photo Archives Sonntag-Rossé

 

En fait, les Jeunesses-UPR auront une double fonction politique. D’une part, en leur proposant un mouvement plus « musclé » que l'UPR, on veut éviter que les jeunes catholiques ne subissent par trop l’attraction des ligues et autres mouvements de jeunes qui essaiment alors. D’autre part l’organisation du mouvement des jeunes - un moyen de pression sur la direction de l'UPR, afin qu'elle relance une politique alsacienne plus active. Dans cette mesure, la Jung-Volkspartei ne cessera d’être élément constant de radicalisation, de l'UPR en particulier comme de la vie politique alsacienne dans son ensemble. Pour autant, c’est pure calomnie de prétendre, comme le fait encore » le professeur Wahl dans Aux origines des autonomismes alsaciens, Les Saisons d’Alsace n° 65, Strasbourg, éd. des DNA, 2015, p.31 en 2015 que les Jeunesses-UPR était devenue une organisation de « séparatistes nazis ». Ce faisant, ce professeur émérite de l’université de Metz commet un amalgame calomnieux légalement répréhensible.